PRECANNE

 Page mise à jour le 27/09/2015

La précanne : qu’est ce que c’est ?

photo1

L’utilisation d’un outil adapté d’aide au déplacement

La locomotion avec un enfant présentant un handicap ou un retard associé nous a emmené à un travail de réflexion, afin d’adapter au mieux les moyens et les techniques proposées, tout en suscitant le désir d’autonomie et la confiance de l’enfant dans ses déplacements.

La précanne est l’un de ces moyens. Elle offre la possibilité à l’enfant de se déplacer en sécurité. L’expérience sur le terrain montre que l’utilisation d’une précanne par une population bien particulière, peut avoir des bénéfices sur la motivation, l’aisance, la confiance et l’investissement dans les déplacements indépendants. Cependant, nous gardons à l’esprit que l’introduction d’une précanne n’est pas envisageable sans une relation de complémentarité entre l’instructeur de locomotion, l’enfant et sa famille, et les professionnels qui s’occupent de l’enfant. Nous savons que les acquisitions en locomotion chez le jeune enfant sont un atout pour son futur.

bouton navig

La précanne : pour qui ?

n3

La précanne est indiquée chez un enfant déficient visuel qui ne se déplace pas en sécurité et qui ne possède pas les prérequis nécessaires à l’apprentissage de la technique de canne.

 - la marche est acquise mais le déficient visuel ne se déplace pas en sécurité (il est non-voyant, ou il ne perçoit pas les reliefs, il bute sur les obstacles, il ne détecte pas toujours un escalier, etc…) : l’utilisation d’un outil d’aide au déplacement est alors nécessaire pour que le déficient visuel se déplace en sécurité,

- le niveau de développement psychomoteur est insuffisant (enfant trop jeune ou retard psychomoteur) pour l’apprentissage de la technique de canne : l’enfant n’est pas prêt. Dans ce cas, la précanne est souvent prescrite en préalable à la canne,

- ou la présence d’un handicap moteur, sensoriel ou cognitif rend impossible l’apprentissage de la technique de canne : dans ce cas, la précanne est souvent prescrite comme substitut de la canne,

- les possibilités de motricité manuelle permettent à l’utilisateur de tenir la précanne à deux mains.

 

bouton navig

Les limites à l’apprentissage de la technique de canne

canne enft

Notre réflexion s’appuie sur différents écrits, la plupart issus de la littérature américaine, concernant les personnes déficientes visuelles n’ayant pas accès à la technique de canne, ainsi que les outils adaptés et imaginés pour leurs déplacements

 Les limites liées à un niveau de développement psychomoteur insuffisant : les enfants déficients visuels dont le niveau de développement psychomoteur est insuffisant pour l’apprentissage de la technique de canne sont :

- les enfants d’âge préscolaire (< 5-6 ans)

- les enfants présentant un retard de développement psychomoteur (pouvant être lié à un syndrome, à un retard global de développement par exemple).

De nombreuses études ont tenté de répondre à la question de l’âge de début de l’apprentissage de la technique de canne. L’âge le plus souvent cité se situe autour de cinq ans. Dans leur article, Pogrund et Rosen (1989) confirment que le jeune enfant n’est pas prêt physiquement à tenir la canne : il manque de contrôle moteur et de coordination motrice. Hatwell (2003, p-96) rappelle que ” les niveaux requis de contrôle moteur et de coordination ne sont acquis que tardivement dans l’enfance “. L’enfant présentant un retard de développement psychomoteur, lui non plus, ne possède pas les prérequis à l’apprentissage de la technique de canne.

Les limites liées à un handicap sensori-moteur ou cognitif

Blasch, LaGrow et Peterson (1997) exposent différents facteurs pouvant limiter l’habileté à l’apprentissage de la technique de canne :

- au niveau moteur : un déficit de l’endurance physique, une atteinte motrice (ayant un impact sur la posture, la démarche, l’équilibre), un déficit dans les coordinations motrices,

- au niveau sensoriel : un déficit proprioceptif, kinesthésique ou vestibulaire,

- au niveau cognitif : un déficit dans la prise de décision, dans la prise d’informations, un déficit de la mémoire à court ou long terme, et dans la motivation. Nordskov (1998) soulève le problème rencontré lors de la définition des priorités de prise en charge en locomotion. Elle attire notre attention sur le fait qu’un travail en locomotion n’est pas souvent proposé en priorité à un enfant déficient visuel présentant des handicaps associés sévères. Cependant, comme le note Skellenger (1998), l’évolution de la population handicapée visuelle ces dernières années a nécessité des adaptations au niveau des méthodes et des matériels utilisés dans les déplacements. Joffee et Ehresman (1997) notent que l’utilisation d’une précanne, par une personne déficiente visuelle présentant un déficit cognitif sévère ou modéré, lui facilite la détection des obstacles.

Cet outil est pour elle plus efficace qu’une longue canne car il ne nécessite pas de mouvement de balayage, et permet une protection des deux côtés de la personne tout au long de son trajet. La précanne a ainsi été rapidement proposée aux enfants présentant des handicaps sévères ou multiples. Plus récemment, elle a été suggérée à des adultes déficients visuels avec des handicaps multiples, ou d’âge avancé.

 

bouton navig

La précanne : pourquoi ?

3

L’un des principaux buts de la prise en charge en locomotion est de favoriser une indépendance la plus grande possible dans les déplacements. La prise en charge en locomotion peut offrir précocement à l’enfant un cadre idéal de déplacement indépendant et pourrait ainsi induire directement les bénéfices procurés par la situation même de déplacement. En effet, pour un enfant qui ne se déplace pas en sécurité, outre la possibilité de travailler en technique de guide, nous pouvons lui proposer un déplacement indépendant avec la précanne. Par son utilisation simple, la précanne permet un déplacement indépendant et en sécurité, dès la marche acquise.

Les enjeux du déplacement indépendant 

L’engagement moteur actif de l’enfant dans son environnement

Le fait que l’enfant se déplace seul, sans tenir la main de l’adulte, lui permet d’avoir des expériences motrices spontanées, avec un engagement actif, et d’être en interaction directe avec son environnement.

“L’engagement actif de l’enfant par sa motricité lui permet d’intégrer ses perceptions sensorielles et de les harmoniser avec ses réponses motrices “ (Sanschagrin, 2003). Dans son article, Sanschagrin (2003) note l’importance de favoriser, chez l’enfant déficient visuel, l’utilisation précoce de moyens de compensation en stimulant le goût des expériences motrices fréquentes et variées dans l’environnement, dans lesquelles le corps est en constante interaction avec les perceptions multisensorielles. D’autre part, la situation même de déplacement sollicite, selon  Boudet (1997), la mise en jeu de la fonction tonique et des sens proprioceptif, somesthésique et kinesthésique. Par ailleurs, Boudet (1997) et Urzanqui (1996) se rejoignent sur le fait que la conscience et la connaissance corporelles découlent de l’addition des informations sur la posture et le mouvement, et donc de la qualité des expériences motrices. Nous pouvons penser que ces bénéfices procurés par le déplacement indépendant sont valables pour l’enfant déficient visuel, dont l’engagement moteur peut être amélioré par les situations de déplacement avec la précanne.

Le déplacement comme moyen de découverte et de connaissance de l’environnement

Pour Urzanqui (1996, p-41), le ” mouvement est un moyen permettant à l’enfant déficient visuel de prendre contact avec son environnement. C’est le principal substitut à la vue dans la connaissance de l’environnement “. Pogrund et Rosen (1989) confirment que l’enfant apprend le monde en étant en interaction avec lui, mais ajoutent qu’il doit d’abord se sentir en sécurité avant d’accéder à des niveaux de connaissances cognitives supérieures. Ils indiquent également que l’enfant qui se déplace quasi librement a beaucoup plus d’occasions de comprendre différents concepts de l’environnement, et développe une sensibilité interne des concepts spatiaux à travers le mouvement. Avec une précanne, nous pouvons penser que l’enfant, se sentant plus en sécurité dans ses déplacements, est davantage en interaction avec l’environnement, et ainsi, davantage disponible à l’accès à une meilleure connaissance et compréhension de l’environnement.

L’accès au sentiment d’autonomie

Avec la précanne, l’enfant ne dépend pas des autres dans son déplacement, ce qui lui donne un sentiment d’autonomie et de contrôle.  Pogrund et Rosen (1989) notent que c’est au travers du sentiment de contrôle que se développe la compétence, qui mène à une meilleure estime de soi.

Les enjeux du déplacement en sécurité

Conséquence sur le désir de se déplacer

 Avec la précanne, l’enfant se déplace en sécurité : il ne chute pas et ne se blesse pas car il heurte les obstacles avec la précanne.  Pogrund et Rosen (1989) relatent la crainte des enfants déficients visuels de se mouvoir, découlant du vécu de rencontres désagréables avec l’environnement. L’enfant a peur de se déplacer seul, il réduit ses déplacements et augmente ainsi sa dépendance aux autres. Grâce à la précanne, nous pouvons penser que la crainte de heurter un obstacle diminue, ce qui motive l’enfant à davantage bouger et à prendre confiance dans son déplacement. La notion de plaisir dans les déplacements peut alors apparaître.

Conséquence sur la démarche

Dans leur article, les auteurs (Pogrund et Rosen, 1989) décrivent la démarche souvent retrouvée chez l’enfant aveugle ou très malvoyant, et expliquent l’influence de l’utilisation précoce d’une canne sur celle-ci : nous pouvons penser que l’influence de l’utilisation d’une précanne (encore plus précoce) sur la démarche de l’enfant est comparable. En effet, la démarche de l’aveugle est décrite comme suit : présence d’une large base de support (polygone de sustentation), réalisation de petits pas, rotation externe des pieds et des jambes, absence du balancement alterné des bras et pieds qui traînent ou claquent au sol (pour créer un feed-back auditif). Cette démarche est considérée comme un moyen de compenser, pour réagir aux déséquilibres imprévus qui surviennent quand le déficient visuel heurte un obstacle ou que le sol se dérobe : les auteurs parlent d’un instinct de protection. Ainsi, nous pouvons penser que la précanne, utilisée comme outil de détection des obstacles, pourrait diminuer ou éliminer la démarche immature et permettre l’évolution de cette démarche.

Les enjeux du déplacement précoce

Pogrund et Rosen (1989) notent que toute étude portant sur le mouvement précoce montre que plus les jeunes enfants bougent tôt, mieux le tonus musculaire se développe et mieux leur système vestibulaire est stimulé. Les auteurs qualifient les bénéfices du déplacement précoce comme énormes. Ils rappellent que les enfants déficients visuels vont souvent se créer des stimulations vestibulaires en se balançant ou par des mouvements de tête : sans suffisamment de mouvements, le corps s’autorégule. Nous pouvons penser que proposer relativement tôt la précanne à des enfants déficients visuels pourrait permettre, par un déplacement précoce, de stimuler les systèmes tonique et vestibulaire, pour un meilleur développement.

La précanne : comment la construire ?

photo2

Si vous souhaitez des informations supplémentaires ou un guide construction, contactez moi : cendrinecarrer@yahoo.fr

TOP